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Alain Le Flohic

Le livre moyen de rencontre



Alain Le Flohic préside l’association organisatrice du salon lamballais Noir sur la ville. L’histoire d’une passion pour la lecture et les polars, les projets collectifs, les rencontres. Et l’histoire d’un homme qui trouve son utilité dans «les structures qui font du lien». Noir n’est pas si noir... Rencontre.


Photo : Noémie Lefèvre, tous droits réservés


La 26e édition du polar et du roman noir c’est, pour Alain, « 30 ans d’une aventure humaine, une passion pour le livre. Je suis persuadé que cette littérature, longtemps méprisée, est une littérature de grande qualité. Le roman noir nous aide à comprendre la société dans laquelle on vit. C’est un regard historique, sociologique ». Le costarmoricain a toujours été passionné de lecture : « au collège, je dévorais tout ce qui me tombait sous la main. Évidemment, j’avais déjà lu des quantités de polars mais je ne connaissais pas les nouveaux courants français ». L’étudiant en prépa entre en école d’ingénieur à Grenoble : « j’étais bon élève, je ne savais pas en quoi consistait le métier d’ingénieur, je me suis vite rendu compte que ça ne me plaisait pas. Pour autant, c’est là que j’ai découvert le cinéma d’art et d’essai, l’écologie et le militantisme. Là aussi que j’ai pu participer à des débats sur le rôle des cadres en entreprise, à l’alphabétisation de travailleurs immigrés ». Il suit sa femme quipasse le concours pour devenir prof de maths et devient prof de physique en lycée pro. Deux ans dans la région lilloise puis six ans à Doullens, près d’Amiens. « On s’est enracinés dans cette ville, je me suis investi dans l’établissement scolaire, enga- gé dans de nouvelles approches pédagogiques par projet ».

Amener le livre là où il n’était pas.

Il se remémore les projets menés à la Maison pour Tous pour faire des liens entre les jeunes et la ville. « Nous avions un projetautour du livre, ce qui ne se faisait pas à l’époque (dans les années 80, ndlr). Nous voulions amener le livre là où il n’était pas d’habitude : à la maison de retraite, en gériatrie, dans les commerces. Cette manifestation était l’occasion de rencontres très différentes et fédérait les professeurs, les bibliothécaires, la librairie... ».

Travailler en équipe.

De retour en Bretagne, il est professeur au lycée Freyssinet mais n’y retrouve pas la dynamique de Doullens et le travail interdisciplinaire. Il s’engage alors dans un CAPES de documentation « j’y voyais la possibilité de travailler en équipe, de monter des projets ». Il devient le bibliothécaire du lycée Henri Avril à Lamballe et y restera jusqu’à sa retraite, il y a peu. Fin des années 80, c’est l’époque de la Fureur de Lire, initiée par Jack Lang, événe- ment qui fait la promotion du livre chaque année dans toute la France. « Dans une discussion avec Loïc Cauret, bien avant qu’il ne soit maire de Lamballe, la bibliothécaire municipale et Denis Flageul (professeur de français, poète et auteur, ndlr), nous nous découvrons une pas- sion commune pour le polar et avons eu envie de faire quelque chose autour du livre ».

Noir sur la ville.

Ainsi naît La Fureur du Noir, au tout début des années 1990. Manifestation autour du livre, elle propose pendant 4/5 ans des événements pluridisciplinaires avec des thèmes différents. Mais les écrivains sont difficiles à attirer. « Nous décidons de revenir à ce qui nous passionne et, en 1995/96, nous créons le premier salon Noir sur la Ville et invitons six auteurs dont Jean-Ber-nard Pouy, auteur du Poulpe. C’est une époque où pas mal de salons du polar se sont créés et les auteurs aimaient s’y retrouver ». L’année suivante, ils accueillent 12 auteurs, puis 24. Aujourd’hui ils se limitent à une quarantaine par édition. Dans leurs préoccupations : amener de nouveaux publics à la lecture. « Assez rapidement nous avons mené des actions en dehors du salon : une soirée cinéma, des expositions, des rencontres ». Le temps du salon s’étend un peu plus autour du troisième week-end de novembre. « Dès la troisième année, nous avons initié des rencontres d’auteurs avec les scolaires, les détenus de la maison d’arrêt de Saint- Brieuc. Plus récemment, avec les femmes victimes de vio- lences conjugales de l’associa- tion Adalea ». Ces rencontres sont au cœur de l’engagement d’Alain. Celle avec les détenus a même débouché sur un cercle de lecture à la maison d’arrêt.

Aventure humaine.

« J’aime bien partager, ces moments se passaient très bien. À une époque, les détenus étaient de gros lecteurs de polars, c’est moins le cas maintenant. Je leur ai aussi fait rencontrer, le directeur du CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement, ndlr), des habitants de Trémargat (exemple de démocratie participative, ndlr) mais aussi Heather Dohollau la poétesse briochine. Le livre est toujours un moyen de rencontre ». Noir sur la ville s’est ainsi invité dans les trains : le voyageur empruntait un livre à la gare de Lamballe et le rapportait ensuite, d’autres étaient invités le temps de leur trajet, via une tablette, à voter pour des courts-métrages. En découlaient trois prix en partenariat avec la SNCF. La Covid a mis en stand by l’initiative. « Noir sur la ville, c’est 30 ans d’aventure humaine, le plaisir de travailler en équipe avec 30 à 40 bénévoles pour le salon, le bonheur de rencontrer les auteurs, dont certains que je lisais quand j’étais étudiant. Ce sont aussi les liens qui se sont créés entre les auteurs et le public. Nous sommes un festival à taille humaine, artisanal mais bien organisé, ouvert, populaire et chaleureux ». S’il avoue rédiger des articles, il ne se voit pas auteur « non, non, non ! ». Alain, ce qu’il aime, c’est faire du lien.

« Je crois beaucoup au tissu associatif, on a besoin de structures qui font du lien avec les gens. C’est là que j’ai mon utilité ».

www.noirsurlaville.fr

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