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Cécile Soyez : "J’ai choisi de sauver ma peau"


Porteuse du gène BRCA2, Cécile choisit, à 45 ans, une ablation préventive des seins.

« La plus belle chose que j'ai faite dans ma vie ». De son parcours elle a fait un engagement :

rejoindre la Fondation Généticancer pour témoigner et répondre aux questions des autres femmes confrontées au même choix qu'elle. Parce que c'est ce qui lui a manqué.

Parce qu'il y a « plein d'autres petites Cécile ».



photographie : Noémie Lefèvre, tous droits réservés.

Dans ce sourire chaleureux et serein qui la caractérise, Cécile confie : « je serai ravie que cet article puisse aider et libérer des femmes porteuses de ce petit gène ». Un témoignage dont elle aurait eu bien besoin quand elle a été confrontée au BRCA2. Ce gène responsable de 45% des cancers familiaux et 10 à 20% des cancers du sein et des ovaires. Alors quand elle lâche : « j’ai de la chance, je suis vivante », la formule prend une résonance bien particulière.

Cécile apprend l’existence du gène avec sa gynécologue alors qu’elle a 43 ans. Elle qui se plie à des mammographies depuis ses 18 ans parce qu’il y a eu plusieurs cas de cancer du sein dans sa famille.


Une histoire lourde à porter

« Je prends alors conscience de beaucoup de choses. Le cancer du sein est ancré dans ma famille depuis plusieurs générations. Mes grands-mères, ma tante, ma cousine et ma mère ont eu des cancers du sein. C’est une histoire lourde à porter car il y a des décès ». En prenant connaissance de cette anomalie génétique, Cécile demande que sa maman soit testée. « Maman vit une rechute de son cancer au moment de son test. Elle ne saura jamais qu’elle est porteuse du gène. A 43 ans, je suis testée à mon tour. Ma soeur et mon frère le sont aussi. Nous sommes porteuses du gène toutes les deux, mon frère non. Ce qui implique que nous avons un risque sur deux de le transmettre à nos enfants ». Tout comme sa soeur, Cécile a donc 85% de risque de déclarer un cancer du sein. Toute la famille de Cécile entre alors dans un process de recherche ADN : oncles, tantes, cousins, cousines... chacun reçoit la possibilité d’être testé à son tour « s’il le souhaite ». Cécile chemine de son côté : « Il m’a fallu deux ans pour mûrir et prendre une décision. A 45 ans, j’ai décidé de sauver ma peau ». Sa soeur n’a pas sauté le pas.


Une libération.

Si Cécile vit avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête depuis ses 18 ans, elle reconnaît « qu’à cet âge là, tu vis avec. Mais quand j’ai su que j’étais porteuse du gène, j’ai beaucoup réfléchi. Je me demandais ce que je devais faire. J’étais heureuse dans ma vie, dans mon couple... se faire retirer les seins à 43 ans, cela touchait à ma féminité». Finalement, Cécile se soumet à une double mastectomie bilatérale avec reconstruction. « J’avais la chance de le savoir, je ne pouvais pas ne pas agir ! Je risquais un cancer du sein, je prenais le risque de mourir. C’est la plus belle chose que j’ai faite dans ma vie ! Ça a été tellement libérateur ! ». Pour autant elle s’est posé de nombreuses questions : aurais-je des douleurs ? Quand pourrais-je retravailler et refaire du sport ? «Médicalement le médecin était rassurant mais j’aurais aimé avoir des témoignages. Or, ce n’était pas courant ».


Une opération accessible à toutes

Tout s’est bien passé. « J’étais en bonne santé, les tissus étaient sains, ils ont pu maintenir les aréoles et les tétons. C’est à peine perceptible. J’ai conservé toute ma sensibilité, ma sexualité ». Dans ce parcours, elle a eu le soutien de son compagnon « ça joue » et, comme les autres femmes dans son cas, elle a été accompagnée psychologiquement avant et après l’opération. «Ça aide de parler, ça rassure. Dans le service où j’étais hospitalisée d’autres femmes avaient aussi subi cette ablation mais elles avaient un cancer. J’ai toujours pris ça comme une chance de le savoir. J’étais en bonne santé et pour moi aujourd’hui, cette santé est primordiale ». Une opération « accessible à toutes », précise Cécile car tout est pris en charge : les consultations, les soins, la psychologue, la brassière de contention après l’opération...


Ne rien imposer.

Cécile vit son ablation au moment où l’actrice américaine Angélina Jolie rend publique la sienne. Au moment où la Française Laétitia Mendès sort son livre « Mon petit gène, ma seconde chance ». Invitée par Katell Magazine pour témoigner à Saint-Brieuc, Laétitia contacte Cécile. « J’avais lu son livre et elle m’appelle. Wouah, incroyable ! ». C’était un an après son opération. « Je témoigne aussi aux côtés de Laétitia et plein de femmes viennent vers moi pour échanger. Je suis donc, assez naturellement, devenue l’ambassadrice de la fondation de Laétitia Généticancer dans les Côtes d’Armor ». Depuis, elle informe les femmes qui l’appellent. Elle donne ce qu’elle aurait aimé avoir. « Je raconte mon histoire, sans rien imposer. C’est génial pour les femmes qui se posent plein de questions. Je n’ai aucun tabou par rapport à ça. Grâce à cette fondation, elles peuvent facilement faire cette démarche et avoir des témoignages rassurants. Il y a plein de petites Cécile ».


Les seins et les ovaires

Si l’épée de Damoclès de Cécile s’est éloignée, elle n’a pas encore tout à fait disparu. « Cancer du sein et cancer des ovaires sont liés. Je suis suivie très régulièrement dans le cadre d’un protocole bien spécifique. L’idéal est aussi l’ablation des ovaires. Pour le moment, je lie cela à la ménopause, la vieillesse, la prise de poids... Je sais que je devrais le faire car c’est un cancer difficile à détecter. Il me faut le temps de l’accepter pour passer le cap. Je sais que j’ai de la chance, je suis vivante, ma vie est chouette ! ».

www.geneticancer.org

Joindre Cécile : 06 48 69 26 84

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