• Katell Magazine

DIX ANS - Du sens et des valeurs

Dernière mise à jour : 26 juil.



Le magazine Katell&Marcel fête ses 10 ans dans ce 40e numéro. Cela me fait penser à la chanson d’Alain Souchon « j’ai dix ans » tellement le temps est passé vite pour nous tous, lecteurs, lectrices et équipe du magazine. Cette aventure incroyable, portée par Marie-Laure Ribault-Charles, est avant tout une entreprise humaine dont le seul leitmotiv est la valorisation des talents et des initiatives du territoire. Ce p’tit bout de femme, simple et discrète, qui parcourt le département pour aller à votre rencontre, s’est livrée, pour une fois, au jeu des questions-réponses. Ma mission, que j’ai acceptée avec grand honneur : lui faire raconter son histoire personnelle liée à Katell&Marcel et vous faire revivre l’épopée du magazine féminin gratuit emblématique des Côtes d’Armor. Rencontre avec cette cheffe d’entreprise, toujours agréablement surprise de la notoriété et du succès du magazine des super cotarmoricain.e.s. interview Marie Lambrinos photos gauche et droite Noemie Lefevre, tous droits réservés


Dans cette édition, le magazine fête ses dix ans, qu’est-ce que cela te fait ? Comme disent deux petits être chers à mon cœur : « le temps passe vite quand on s'amuse ». Je ne réalise pas vraiment. Je n’avais pas une vision à si long terme quand on a sorti le premier numéro. Dix ans, ce sont des défis, des difficultés mais aussi beaucoup de satis- factions. Si c'était à refaire, je le referai.

Tu portes le magazine mais on ne sait pas qui se cache derrière Marie-Laure, la rédactrice en chef, peux-tu nous en dire plus sur toi et ton parcours ? Je suis costarmoricaine, originaire de Langueux. J'ai fait mes études à Rennes, un Deug de sociologie puis une maîtrise en communication multimédia avec une spécialisation journalistique que j'ai complétée par des formations au Centre de Formation des Journalistes à Paris. J'ai vécu à Paris, puis en Normandie où j'ai été journaliste territoriale. Je suis revenue dans les Côtes d'Armor en 2004 comme chargée de communication d'une collectivité. C'est ensuite que j'ai créé mon entreprise.

Comment es-tu arrivée dans l’aventure du magazine Katell ? J'ai créé mon activité en intégrant Avant-Premières, la coopérative d'activités et d'emplois. J'y ai rencontré Martine Gauffeny qui était attachée de presse. Nous échangions souvent sur les rencontres que nous faisions et la frustration de ne pas avoir assez de place dans les supports auxquels nous collaborions pour raconter les histoires de ces personnes. En 2012, elle a eu l'opportunité de créer le magazine Katell auquel j'ai collaboré assez vite. Un an plus tard, malgré l'accueil favorable que le magazine recevait, elle a souhaité arrêter et m'a proposé de reprendre le flambeau. D'un côté, le défi journalistique me plaisait beaucoup, de l'autre, j'avais déjà une entreprise... Quand mes copines (dans la com ') et ma famille m'ont dit qu'ils trouvaient ça génial, je me suis dit que, moi aussi, je devais trouver cette proposition géniale ! En un mois, j'ai créé la structure juridique qui allait porter le magazine et nous avons travaillé d'arrache-pied pour sortir à l'heure le numéro 5 !

À quelles difficultés as-tu été confrontée ? Je me suis vite rendu compte que je gérais deux activités à part entière. Le Katell me demandait beaucoup plus d'investissement car il fallait gérer une équipe et aussi une partie commerciale qui était déléguée. Au bout de quatre ans, tous ces aspects, associés à un modèle économique pas suffisamment réfléchi, ont mis à mal les finances du magazine et celles de mon entreprise. Le modèle Katell n'existait pas, nous n’avions pas d’exemple à suivre, tout était à réévaluer si on voulait continuer.

Comment as-tu traversé ce passage critique ? J'ai eu de la chance ! Katell et moi avons eu de bonnes étoiles ! Via Avant-Premières, j'ai contacté Patrice Hénaff, le tout nouveau directeur, du Pôle d'Économie Sociale et Solidaire du Pays de Saint-Brieuc, Rich’ESS, dont la spécialité est l'innovation sociale. Il a répondu présent. On a beaucoup échangé, il m'a poussée dans mes retranchements et ça m'a permis de reposer l’équation, voire même de réécrire le projet, son sens sur le territoire et, bien évidemment, son modèle économique. En parallèle, j'ai eu beaucoup d'autres soutiens amicaux sur la fonction commerciale, sur mes compétences transférables, du coaching aus- si... sans oublier celui de ma banquière et de l'équipe d'Initiative Armor. Grâce à eux, à ma petite famille et mes amis, j'ai tenu. Parce que, par moments, ils y croyaient plus que moi. On a fêté les cinq ans... et, là déjà, je m'étais dit « wow ».


Au printemps 2018, apparaît Marcel, pour quelle raison ?

C'est à l'époque du hashtag #balancetonporc. Je suis journaliste et, pour moi, les mots qu'on emploie sont importants. Même si le fond de la dénonciation est tout à fait légitime, le mot « porc », je l'ai trouvé too much. Je me suis demandée ce que je pouvais faire, à mon petit niveau, pour prôner l'égalité femmes/ hommes sur mon territoire. Économiquement, je ne pouvais pas faire deux magazines. Alors, j'ai découpé toutes les pages, je les ai étalées sur le tapis de mon salon jusqu'à trouver la bonne solution. La seule qui tenait c'était le recto-verso. Je me suis dit : j'y vais ! Il devait être éphémère... mais les garçons en ont décidé autrement ! Ils ont inventé Katell&Marcel.

Avec le recul, que représente Katell pour toi ? Un chemin à part entière. Celui de bien d'autres cheffes et chefs d'entreprises. Un chemin d'apprentissages plus ou moins heureux, de remises en questions et d'humilité. Le magazine, ce n'est pas que moi. Dans les faits, il est la somme de tous ceux qui y participent et y ont participé. Chaque annonceur, chaque chroniqueur, chaque personne qui contribue à chaque numéro, chaque interviewé.e, chaque lectrice ou lecteur rencontré.e a apporté une contribution qui a permis au magazine de progresser, s'adapter, se questionner, évoluer et être toujours là au bout de dix ans. Désormais je sais que « ça ne se passe jamais comme on a prévu », j'ai gagné en souplesse !

Quel retour as-tu des annonceurs ? La phrase que j’entends souvent : c’est un support de communication gratuit et qualitatif qui participe à la vie locale. Ça me va bien ! Je connais tous les clients et mon ambition est d’être une vitrine qualitative de leur savoir-faire. La publicité chez Katell, c’est du sens et des va-leurs, avec mes compétences en communication. Il en est de même pour la grille tarifaire, que j’ai essayé de rendre accessible, notamment à tous les commerces.

Deux rencontres qui t’ont marquée ? C'est très compliqué ça ! Je ne crois pas être sortie d'une interview sans avoir appris quelque chose. Je me souviens de la force et du courage de Marie-Jeanne, agricultrice près de Lamballe, qui a bataillé dur pour avoir son exploitation. Il y a aussi la rencontre incroyable avec Frédéric Eckhard, le secrétaire de Kofi Annan. Ce new-yorkais, qui avait partagé la table des plus grands de ce monde, était ému aux larmes du sourire d'une jeune burkinabé à qui son association avait donné une paire de lunettes pour qu'elle puisse faire ses études dans de bonnes conditions. Un grand homme et une humilité qui forcent l'admiration.

Il y a Katell&Marcel et il y a l'association Costarmoric'Elles, peux-tu en dire deux mots ?

L'association porte des projets à vocation solidaire : un atelier pour les femmes des quartiers à Ploufragan qui s'est terminé en magazine, une intervention à l'Ehpad de Quintin. Deux autres projets sont en cours d'élaboration. C'est la façon de l’équipe magazine de s’impliquer dans la vie de son territoire.

Tu es aussi investie chez Rich'ESS, pour quelle raison ?

J'ai créé mon entreprise dans le cadre de l'économie sociale et solidaire. J'ai rencontré Rich'ESS quand on a retravaillé le modèle économique du magazine, j'y ai aussi suivi une formation d'entrepreneuriat collectif. Devenir adhérente c'était un peu rendre ce que j’avais reçu, soutenir un réseau et un modèle entrepreneurial où les valeurs humaines et de territoire sont importantes. J'ai intégré le conseil d'administration, il y a presque quatre ans, après avoir participé à une mission avec la Pologne et j’ai beaucoup de plaisir à travailler avec cette équipe. J'en suis aujourd'hui la coprésidente, avec Michel Baldasseroni. Nous avons à cœur d’aller vers les autres acteurs du territoire car nombre d’entre eux portent les mêmes valeurs que nous.

Katell&Marcel dans 10 ans ? Continuer à développer pour augmenter le nombre de pages, d'exemplaires et pouvoir satis- faire plus de lecteurs. Le tout en veillant à rester en phase avec nos valeurs et notre proximité tant auprès des annonceurs que des lecteurs. Continuer à donner la parole à celles et ceux qui peuvent inspirer. L'ambition, à plus long terme, est de trouver des porteurs de projet pour essaimer sur d'autres territoires bretons, ou dans d'autres régions pourquoi pas ! Que le magazine devienne une entreprise collective serait une grande satisfaction et j’aimerais, un jour, en transmettre les clefs à quelqu'un d'autre et le voir aller encore plus loin. À mon tour, j'irai le chercher dans un point de dépôt et deviendrai simple lectrice. Ça serait chouette.



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