• Katell Magazine

Katell 32 // Entreprise et utilité sociale : La raison d'être

Mis à jour : 14 août 2020



Michel Baldasseroni, est un retraité avec un agenda de ministre. Administrateur chez RichESS, membre (très) actif de Saint-Brieuc Entreprises, Initiative Armor, Entreprendre pour Apprendre... l’ancien chef d’entreprise entretient sa curiosité pour le monde qui l’entoure pour mieux partager son expérience. Dans ses ambitions : faire des passerelles entre Economie Sociale et Solidaire et économie de marché. Rencontre.


Vous êtes un membre actif de nombreux réseaux économiques, qu’avez-vous vu émerger pendant le confinement ?

«Tout s’est arrêté du jour au lendemain, chaque entrepreneur a dû commencer par stabiliser son activité. Les réseaux sont très vite devenus des plateformes d’écoute et d’entraide. La solidarité s’est affirmée avec un renforcement de l’attention aux autres. Certains ont lancé des actions hebdomadaires en direction de leurs adhérents. Par exemple : comment dépasser son stress, la peur de l’avenir et se mettre en état pour se poser les bonnes questions. D’autres ont choisi d’organiser un séminaire de créativité après le confinement pour faire sortir des idées sur ce qu’il sera possible de faire après, comment, pourquoi».

Un mois et demi après, qu’en est-il ?

«Je suis très loin d’une idéalisation d’un nouveau monde. Dans cette relance économique chacun semble avoir repris son quotidien. La crise aura exacerbé la place que chacun avait déjà : ceux qui se bougeaient et ceux qui étaient renfermés sur eux. Je ne nous sens pas entrer dans un monde nouveau, y compris dans l’Economie Sociale et Solidaire. Cette crise est l’occasion d’ouvrir les yeux et les esprits, notamment sur des valeurs humaines. Encore plus dans l’ESS, où ces valeurs sont fondamentales, la période est propice à apporter de nouvelles idées, services et propositions. Sauvegarder des entreprises, c’est aussi sauvegarder les hommes qui les composent».

Qu’est ce que cette crise peut apporter au monde

économique, notamment localement ?

« Une forte prise en compte de la notion de territoire. L’économie dite classique l’aborde dans le cadre de la RSE, responsabilité sociale de l’entreprise. C’est un dénominateur commun avec l’ESS. La crise apporte des opportunités pour ouvrir des portes des deux côtés. Chacun a le choix de sa structure d’entreprise et de ses valeurs, mais, en se connaissant mieux, il y a des choses à faire ensemble. Produit en Bretagne en est un très bon exemple : la façon de travailler ensemble pour valoriser le territoire est impressionnante. Chez Rich’ESS, pôle d’Economie Sociale et Solidaire du Pays de Saint-Brieuc, nous avons de l’intérêt pour impulser des passerelles avec les entreprises « classiques » qui oeuvrent avec des valeurs proches des nôtres. Cette crise nous montre que les coopérations sont de véritables atouts pour les territoires. Et qu’il y a une évolution en parallèle de ces deux modèles : la raison d’être des entreprises et le bien être des gens sur leur bassin de vie ».

Comment se positionne-t-on quand on appartient à deux mondes économiques qui se pensent aussi différents ?

« Quand je dirigeais Handirect, j’avais trois pieds : un dans l’économie classique comme toute PME qui a des salariés à faire vivre, un dans le monde de l’insertion avec des collaborateurs en situation de handicap et, le dernier, en Economie Sociale et Solidaire par les valeurs que je portais. Je me suis rendu compte que chaque côté nourrissait des fausses vérités sur l’autre. Très vite j’ai milité pour le rapprochement entre l’insertion et l’économie classique. Je crois qu’il faut lutter contre les a priori, se parler pour pouvoir se comprendre. Il y a 10 ans, avec la Maison de l’Emploi et de la formation du Pays de Saint-Brieuc, nous avons présenté l’ESS et le monde de l’insertion à un petit déjeuner du réseau Saint-Brieuc Entreprises dont je suis membre. Pour capter l’attention d’une centaine de dirigeants à cette époque, nous avons présenté les choses sous l’angle du retour sur investissement, de ce que les entreprises pouvaient gagner en travaillant avec nous. On ne peut pas dire que nous ayons eu un franc succès. Mais cela a été un premier pas pour contribuer à casser les barrières, à combattre les idées reçues ».


Vous avez dirigé pendant 10 années Handirect. Qu’est ce qui motive le choix de mixer économie et projet social ?

« L’opportunité d’allier des compétences professionnelles et des valeurs personnelles. J’ai hérité de l’implication de mes parents dans l’éducation populaire et présidé un Centre Social à Lyon pendant plusieurs années. Je côtoyais aussi le monde du handicap. Implanter Handirect dans les Côtes d’Armor, me donnait l’opportunité d’allier ces valeurs à mon expérience en gestion de projet et d’équipe, en prospection commerciale » .

Donner du sens à son entreprise, une plus-value ?

« Je dirais même que c’est une obligation. Quel que soit le contexte, qu’il faille vendre un service ou un produit, il faut raconter une histoire, il faut une raison d’être à l’entreprise. Chez Handirect nous avons beaucoup travaillé sur cette question. Comment présenter notre activité ? Nous sommes passés de la force d’embaucher des personnes en situation de handicap à la qualité du service apporté par nos salariés. Ces questions se posent quelle que l’entreprise. La rentabilité peut rimer avec plaisir d’entreprendre et bien être des salariés. Le Bonheur Intérieur Brut peut aussi s’appliquer dans les entreprises». La responsabilité sociétale des entreprises peut être une façon d’approcher le BIB, bonheur interieur brut.


L’innovation sociale espace de coopération

Patrice Hénaff,

directeur de Rich'ESS, pôle d'Economie Sociale et Solidaire du Pays de Saint-Brieuc :


« L’économie sociale et solidaire (ESS) a toujours été un laboratoire d’expérimentation qui a inspiré l’économie de marché. En ce sens, l’innovation sociale peut être un point de rencontre entre les deux mon


des. Leurs expériences peuvent se nourrir mutuellement et être complémentaires pour construire des projets de territoire. Le monde de demain est peut-être plus un monde d’avec, qu’un monde d’après. Les atouts sont déjà présents pour rapprocher les deux économies : le fort maillage breton de l’ESS, la RSE et les contrats de coopération de territoire. Mutualiser les ressources et les compétences dynamise les territoires et présente l’intérêt de conforter des entreprises rentables avec un fort impact social et environnemental. Des entreprises plus résilientes qui font mieux face aux aléas économiques »


266 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout