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"Je me bats pour eux mais aussi pour une cause"



Depuis 2017, Dorothée Calonne est bénévole à l’association CAJMA, Comité d’accueil des jeunes migrants et leurs accompagnants des Côtes d’Armor. Dans cette chaîne solidaire de familles costarmoricaines, elle apporte aide et assistance, essence même de son métier d’avocate, tout en « se battant pour une cause ».



« Être bénévole à l’association, c’est répondre présent pour aller chercher un enfant à n’importe quelle heure du jour et de la nuit à la gare de Saint-Brieuc et le mettre à l’abri. Certains d’entre eux n’ont pas dormi depuis cinq jours, peu mangé et subissent des chocs post-traumatiques suite au parcours migratoire. Dans leur traversée de la Méditerranée certains ont vu leurs copains se noyer ». Depuis janvier 2017, un collectif citoyen est mobilisé pour accueillir et favoriser l’intégration des jeunes migrants qui dormaient à la rue à Saint-Brieuc et dans les autres communes des Côtes d’Armor. Il a fait appel à des avocats du Barreau de Saint-Brieuc pour les aider à faire reconnaître la minorité des jeunes devant le juge et faciliter leur prise en charge. Dorothée fait partie des volontaires de la première heure. « Notre travail au sein de l’association consiste tout d’abord à monter les dossiers pour prouver que les jeunes sont bien mineurs, même s’ils possèdent des papiers en arrivant ici. Cela suppose prendre contact avec leur pays d’origine pour prouver la véracité de leur état civil . C’est parfois un parcours du combattant car tous les pays n’ont pas la même rigueur que la France en terme d’état civil». S’en suit alors un long parcours pour les adolescents : audition au service de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) du Département, passage devant le juge qui décide ou non de son placement. « Quand on obtient le placement d’un jeune à l’ASE, c’est une victoire. On sait que cela aura un impact important sur sa vie et sur l’obtention d’un titre de séjour à sa majorité ». Placé en foyer ou en famille d’accueil, le jeune conserve un lien avec les bénévoles de la CAJMA « On ne les lâche pas. Nous souhaitons avant tout qu’ils trouvent le bonheur sur notre territoire ».



Le combat est tout autre pour ceux qui ne sont pas pris en charge par l’ASE. Ils vivent dans les familles bénévoles, l’association prend en charge le coût de la scolarité. « A 18 ans ils risquent d’être soumis à une obligation à quitter le territoire français (OQTF). Il faut reprendre toutes les démarches à zéro, remonter un dossier pour la Préfecture. Dans l’étude des dossiers, la scolarité tient une place importante. « Ils sont très impliqués dans leurs études, souvent moteurs dans les classes. Opiniâtres, ils sont d’une grande maturité pour leur âge.. Justifier d’études sérieuses est important dans l’obtention du titre de séjour ».


Pour Dorothée, les plaidoiries prennent un tout autre sens sur ces dossiers : « Ça prend aux tripes. On est dans une société où nous devons oeuvrer pour aider ces enfants. Bien souvent ils étaient dans des situations précaires dans leurs pays et ici, tant qu’ils n’ont pas de papiers, l’incertitude est difficile à vivre. Dans le métier d’avocat, on se bat pour une personne contre une autre personne. Dans le cas de ces enfants, on se bat pour eux mais aussi pour une cause ». Si l’exercice est nerveusement stressant pour Dorothée, elle reconnaît que son investissement fait sens : « c’est dans l’aide et le partage que je m’épanouis, que je suis connectée à mes valeurs ». En adéquation avec la révélation pendant ses études : « En découvrant le droit des personnes chez un avocat, j’ai tout de suite su que c’était ce que je voulais faire. C’est une aventure humaine ».

www.cajma22.fr

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