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L'invité : Alexandre Le grand !

Photo : Noémie Lefèvre, tous droits réservés.


Quadruple médaillé olympique. Alexandre Léauté, l’enfant de Saint-Caradec, rafle toutes les distinctions en paracyclisme depuis 2017. Retour sur l’ascension fulgurante du plus titré des français. Un champion de 21 ans qui roule vers Paris 2024.


Je crois que je ne réalise pas encore ». Près de six mois après les Jeux Olympiques, il passe encore son temps à répondre à des interviews, à des sollicitations. Il est toujours surpris que les gens le reconnaissent dans la rue. Et a appris à composer avec les réseaux sociaux. À Tokyo, Alexandre a testé toutes les marches du podium. Il rentre en France avec deux médailles d’or, une en argent et une en bronze. « Recevoir des médailles olympiques, c’est indescriptible ! Entendre la Marseillaise, c’est un truc de fou ! C’est la récompense de beaucoup de travail et de sacrifices. J’avais quitté ma famille en mars et je ne l’ai retrouvée que le 26 septembre ».


Porte-drapeau

Le Costarmoricain a aussi été porte-drapeau de la délégation Française. « J’étais stressé mais fou de joie et fier ! ». À son retour sur le sol français, il n’a pas un moment à lui : il enchaîne les interviews dans les médias, les réceptions avec les sponsors et la remise de la Légion d’Honneur à l’Elysée. Il garde secret le petit mot du Président de la République. «Être reçu à l’Elysée, c’est évidemment un grand moment. D’autant plus que les équipes olympiques et paralympiques étaient accueillies ensemble ».


2024. Les jeux à la maison.

Il le reconnaît, à 21 ans, « c’est déjà beaucoup pour un seul homme ! Je suis même obligé d’avoir un agenda ». Il rit. Alexandre sort de ces jeux aguerri et « prêt pour Paris 2024 ». Le nouvel objectif. « Les Jeux à la maison, les seuls que l’on fera de notre vie ! Devant notre public, avec nos familles, nos amis. Ça va être grandiose ». Il a pris un mois pour souffler. « Cela faisait trois ans que je n’avais pas fait de pause. Là, j’ai appris la vie : les macdo et les sorties entre copains ! (rires) Même si, comme on te reconnaît, tu ne passes pas les mêmes soirées ». L’objectif 2024 est aujourd’hui son quotidien. 20h de sport par semaine, les stages avec l’équipe de France, les compétitions. L’an dernier, son compteur a affiché 17000 km. Le secret de sa performance : une bonne hygiène de vie, des moments à se ressourcer auprès de sa famille et de ses amis.


Le sport ça défoule.

La famille, élément clef, pour Alexandre dont on découvre le handicap à trois ans. « Je suis hémiplégique, suite à un AVC à la naissance. C’est-à-dire que je n’ai pas de force dans les membres du côté droit ». Pour autant, il ne l’a jamais affiché. « J’ai eu une enfance normale. À l’école tout a été fait pour que je sois dans les meilleures conditions. En sport, j’ai toujours fait partie des meilleurs. Au lycée, le prof ignorait mon handicap et ça m’allait très bien ». Le sport : un complément indispensable aux séances de kiné. Alexandre commence par le football, avec ses copains. « Le sport, ça permet d’extérioriser les choses, de se défouler ». À 13 ans, il expérimente le vélo. « J’ai toujours eu envie d’en faire ». Il commence, pour le plaisir, avec des valides. « Dès que je faisais du sport avec eux, c’était me sentir valide. Ça m’a toujours donné le moral ». À 17 ans et demi, il découvre le handisport. Son père prend contact avec la fédération et Alexandre s’inscrit sur des compétitions nationales près de chez lui. « Ça se passait super bien, j’ai enchaîné les compétitions». Juin 2017, il est repéré lors d’une course à Chatellerault. À partir de là, tout s’accélère.


Octobre 2017 et février 2018, premiers stages au Pôle France.

Le jeune bachelier intègre le Pôle en septembre suivant, tout en suivant un BTS. « J’avais envie de partir de chez moi, mais Bayonne, c’est loin. Au bout d’un mois j’ai eu un peu le cafard ». Avec le Pôle, il est engagé sur les compétitions internationales. Une seule déconvenue : « la première fois que je me suis retrouvé dans un peloton international, moi le petit nouveau, j’ai crevé à 1km de l’arrivée, j’ai fini à pied ». Il décroche un premier titre de champion du monde en février 2019 aux Pays Bas, puis « tout est allé très vite ». Seconde coupe du monde en mai 2019, troisième en août au Canada. Quatrième victoire, sur route, en septembre de la même année. « Un moment magique ! Incroyable ! Mes parents étaient sur la ligne d’arrivée ».


J’ai voulu arrêter.

L’hiver qui suit est plus compliqué à gérer pour lui. « J’avais 19 ans et j’étais champion du monde. Je ne connaissais pas le haut niveau, j’étais surtout là pour le sport. J’ai pété les plombs. Je voulais arrêter, je suis resté une semaine enfermé chez moi ». Son père trouve les mots pour le remotiver, lui proposant de réintégrer le Pôle France une semaine pour s’assurer de sa décision. « J’y suis retourné, j’y suis resté ». La crise sanitaire est arrivée et Alexandre à été confiné dans le Pays Basque. « L’objectif c’était les paralympiques et j’étais potentiellement qualifiable. C’était important que je sois dans de bonnes conditions avec les outils nécessaires pour continuer à progresser. Les JO ont été annulés, cela m’a laissé un an de plus pour me préparer ». Le jeune athlète était resté sur sa victoire et son record du monde à Hamilton lors de la coupe du monde sur piste d’avant le confinement : quatre épreuves, quatre médailles.


Le plus titré des français.

« Après la crise, c’était très compliqué de s’entraîner, car on ne savait pas ce que valaient les autres ». Entre mai 2021 et le 21 juin, date de sa sélection officielle pour les Jeux Olympiques de Tokyo, il reste invaincu sur chaque compétition. Le plus titré des Français. « J’avais de grandes chances d’être sélectionné mais je ne l’ai su que le 21 juin pour partir le 3 août. On se prépare pour mais on n’est jamais sûr. Je l’ai été quand j’ai reçu ma valise Lacoste, que je suis monté dans l’avion et que j’ai vécu la haie d’honneur des japonais à notre arrivée à Tokyo ». Alexandre est aussi le plus jeune de la sélection française, toutes équipes cyclistes confondues. « Cette expérience m’a apporté de la confiance en moi. Je suis assez timide et parler devant une caméra m’a aidé. Il faut croire en soi, s’entourer des bonnes personnes et ne jamais abandonner » . Celui qui rêvait des Jeux Olympiques est prêt pour 2024 : « Je suis un compétiteur dans l’âme, j’aime gagner le plus de titres possibles. Et, l’échec fait partie de la réussite : c’est ce qui te fait progresser ».

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