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  • Katell Magazine

L’INVITÉ : Michel Solano



« En venant en aide, tu t’aides toi-même »

Vingt ans. Un boulot. Une famille. À son arrivée à Saint-Brieuc, Michel était un « mineur non accompagné ». Aujourd’hui, avec des amis, il vient de fonder une association, « Tous Ensemble », pour apporter leur contribution à ce nouveau monde qui les a accueillis et faire tomber les préjugés. Avec sagesse et enthousiasme. Rencontre.


« Chacun d’entre nous peut sauver le monde à sa manière. Si chacun peut apporter un peu de positif dans ce monde, tout sera mieux ». Michel a vingt ans. Il est plombier à l’hôpital Yves Le Foll à Saint-Brieuc, marié et papa d’une petite fille de neuf mois. Il a décidé de contribuer à la vie de sa ville et de son département pour « donner en retour », ce qu’il a reçu. Avec des amis, il vient de fonder l’association « Tous Ensemble », déjà forte d’une vingtaine de membres. « On s’en fout des origines, c’est une question de valeurs et de principes. En contribuant à la vie de notre territoire, nous voulons que les Bretons aillent au-delà de ce qu’ils voient, qu’ils viennent expérimenter la mixité des cultures comme goûter aux plats de nos pays par exemple ! ». Leur engagement citoyen est pluriel : « apporter un peu de bonheur aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à l’hôpital des Capucins, participer à des journées de nettoyage pour préserver la planète, organiser des événements pour favoriser l’intégration des jeunes. Si les jeunes sont occupés, qu’ils ont un interlocuteur qui parle leur langue, ils s’intègrent autrement. C’est important pour moi d’apporter de l’aide à des jeunes qui sont arrivés comme moi, leur apporter un entourage pour qu’ils prennent de bons chemins. Parce qu’être citoyen, c’est respecter les règles ». Dès les premières réunions, l’idée a reçu beaucoup de soutien, dont celui d’une banque : « des familles, mes anciens professeurs qui souhaitent devenir adhérents - ça me donne de la force ! - et l’équipe de l’association l’Envol qui m’a accueilli ».


Conakry-Saint-Brieuc

Michel est arrivé en France il y a cinq ans. Il est originaire de Conakry, en Guinée. « C’est une décision familiale. Ma mère m’a dit de suivre mon oncle. Dans mon pays on a beaucoup de respect pour les parents, j’ai obéi ». Michel embarque sur un bateau pour une traversée hasardeuse sur laquelle il ne s’attarde pas. Il souffle juste qu’elle a failli mal finir, qu’il a eu peur et qu’il a été secouru par des garde-côtes espagnols. Première étape : Almeria. Il y rencontre des français, installés là-bas, qui lui apportent leur aide. Il n’a pas oublié : « j’ai gardé des liens avec eux. Dès que je peux acheter une voiture, j’irai les voir pour les remercier ». Seconde étape : Paris. « Je suis hébergé par des antillais pendant quelques semaines, j’ai lié des connaissances. Je n’imaginais pas du tout ça mais, au moins, c’était un monde où on parlait ma langue ». Il prend un train gare Montparnasse avec un copain. Sans billet. « Nous savions que là où nous allions descendre, nous allions rester ».


"Je m'adapte aux circonstances"

Troisième étape : Saint-Brieuc. À la descente du train ils sont emmenés à la gendarmerie qui contactera le service du département en charge des mineurs non accompagnés. Michel vit deux ans à l’hôtel tout en étant scolarisé à Chaptal. « L’énergie est là, je m’adapte aux circonstances. D’abord, je fais une remise à niveau puis on m’a proposé de m’orienter vers le thermique. J’aurais préféré l’informatique mais je n’ai pas eu le choix, il fallait que je saisisse l’opportunité. L’informatique ce sera peut-être pour plus tard ». Trois ans de cursus à Freyssinet, il obtient son bac. « Après le Bac, quand j’ai eu tous mes papiers en règle, j’ai travaillé dans un abattoir la nuit. Je voulais mettre de l’argent de côté pour être indépendant. Je savais qu’après toute cette « lutte », il y avait un bonheur qui attendait. Je crois qu’il est possible d’avoir ce que l’on veut quand on est positif. Ça va peut-être être difficile mais ça va finir par arriver ». Aujourd’hui Michel est plombier à l’hôpital Yves Le Foll, là où il avait effectué son stage d’études.

Un esprit de famille

Dans son parcours, Michel a été accueilli par l’Envol, structure spécialisée pour la protection de l’enfance qui accueille, notamment, des mineurs non accompagnés. Après deux ans à l’hôtel, il rejoint un foyer. « Ça m’a fait du bien, j’ai rencontré du monde. J’avais un cadre de vie avec des projets : le cinéma, les concerts, la plage… je n’étais plus isolé. Il y avait un esprit de famille qui est inoubliable. J’ai toujours des liens avec eux, le directeur mais aussi les éducateurs ». Puis il a vécu en colocation avant de prendre son propre appartement et d’y établir sa famille. Celle qu’il présentera « en vrai » à sa mère dès que cela sera possible. « Je communique avec elle par téléphone. On a toujours communiqué. Pendant toutes ces années, mon corps était ici mais mon cœur était avec elle. Je ne pense pas qu’elle savait où elle m’envoyait. Mais elle avait semé un espoir et, pour moi, c’est important qu’elle récolte ce qu’elle a semé. Ça viendra, je le vois ». De ses racines, il puise aussi l’humanisme et le partage qu’il veut mettre au service de tous grâce à son association. « Cette énergie, nos connaissances des différents pays d’origine des jeunes, ça peut venir en aide. En faisant ça, tu t’aides toi-même, tu grandis ». Il sourit : « Les bretons doivent savoir qu’ils ont un Breton noir ! ».


Fb/insta/tiktok : tousensemble22


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