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  • Photo du rédacteurKatell Magazine

L’INVITÉ - Pierre Blivet

Découvrir qui je suis vraiment



Pierre Blivet, 29 ans, a goûté au sirop de l’aventure quand il était étudiant. Il s’est élancé d’Ushuaïa, en janvier dernier, dans l’objectif de rejoindre Vancouver début 2025. Retour à

Rostrenen - en vélo ! - au printemps suivant. Connexion.

par Marie-Laure RC


L'interview a lieu en visio. Et pour cause : Pierre est dans une communauté amazonienne, une petite ville au milieu de la jungle, à une heure de bateau de Rurrenabaque. « Ici ça ne capte pas toujours bien ». On tente quand même. Il m’explique : « Je suis accueilli dans une famille avec les parents et six enfants. Je partage leur quotidien. Leur seul but est de nourrir leur famille, on va chasser le cochon dans la forêt, on s’occupe du jardin. J’ai installé ma tente sous un préau, la douche c’est un seau d’eau... je les regarde vivre, je les aide, je joue avec les enfants après l’école. Hier, on a revu les tables de multiplication. C’est une expérience pour moi, mais pour eux aussi ».


Parti depuis janvier

Ces pauses momentanées sont nécessaires au périple de Pierre, pour prendre soin de son matériel, se reposer ou récupérer des frayeurs après avoir vu danser quelques crocodiles autour de sa barque ou la forêt s’embraser. Pierre est parti depuis près d’un an. En janvier 2023, il a mis son vélo dans un carton et a embarqué à l’aéroport de Nantes. Direction Ushuaïa, via Madrid et Buenos Aires. « J’ai commencé par cinq jours à Ushuaïa. J’avais fait quelques tests avant de partir mais, jamais avec les sacoches chargées de matériel, de nourriture et mon ordinateur. Mais le vélo chargé, c’est presqu’une petite moto... En ville, ça va, c’est plat, mais dans des petites montées, j’ai dû pousser le vélo ».


50 à 80 km/ jour

« Le premier soir je me suis quand même demandé si j’allais continuer. J’étais en bivouac

avec une famille à vélo et leurs trois enfants. Je me suis dit que s’ils le faisaient, je n’avais pas

le droit de lâcher ». Quelques semaines plus tard, le nombre de kilomètres par jour a augmenté, la gestion de l’eau et de la nourriture s’est améliorée. « Au début, j’étais dans la pampa, de longues routes à l’infini, j’avançais à 5 km/h avec le vent

de face. Puis, au Chili, il y a de grosses montées avec de l’altitude, la pluie... Tu prends sur toi. Aujourd’hui, je roule entre 50 et 80 km par jour, en fonction des conditions. En novembre, je fais un grand détour en Amazonie puis ensuite, je remonte tout le Pérou. Ça risque d’être une

sacrée épreuve ».


La chance de l’éducation

« Sur mon vélo, je ressens aussi tous les éléments de la nature. J’ai remarqué qu’à chaque fois qu’il y a une galère, il y a quelque chose de positif derrière. Mais les hauts et les bas sont décuplés ! Cela m’arrive de balancer mon vélo ! Mais comme je suis au milieu de nulle part, je ne peux qu’avancer. Alors, je me calme, je relativise. Et puis, il y a toujours un paysage qui te

laisse admiratif, des gens qui s’arrêtent pour te donner de l’eau ou des fruits... Y’a pire que

ma situation dans le monde. Je passe partout avec mon vélo. Entre les sites touristiques, il y a plein de petits villages, je discute beaucoup avec les locaux. Plus je roule et plus les gens sont déconnectés. Certains boliviens ne sont jamais sortis de leur jungle, ils ne savent pas où est Ushuaïa, n’ont jamais vu de ville. Ils me demandent où est l’Europe, ils ne connaissent pas la géographie. Je prends de sacrées claques et je mesure la chance de l’éducation que nous pouvons avoir. Ils m’apprennent leur culture, il m’apprennent à relativiser. J’ai limite honte à sortir mon appareil photo, mon portable... comme une sorte de culpabilité ».


Ushuaïa-Vancouver

Ce périple, il l’a préparé pendant plus d’un an : entraînement régulier en course à pied, trails,

marathons... « Je savais ce que c’était de ne pas avoir de confort, vivre dans une tente, me doucher dans les ruisseaux. Le dernier été avant de partir j’ai fait le tour de Bretagne avec deux sacoches : Lannion, Nantes, Rennes, le Mont-Saint-Michel. Un bon entraînement. En ren-

trant je me suis dit que j’étais prêt ». Son projet de départ est de relier Ushuaïa à la Colombie

en un an. « Plus je travaillais le parcours et plus je regardais les cartes, je me disais « Allez, je

rallonge de 4 ou 6 mois et je vais jusqu’au Mexique ». Puis, l’Ouest américain. Aujourd’hui, ma destination finale est Vancouver mais j’ai encore envie d’aller plus loin ». Seule date butoir : le mariage de l’un de ses amis, à l’été 2025. « Il faudra que je sois rentré ». Mais l’aventurier a prévu de soigner aussi son retour : « Je voudrais arriver en vélo chez moi. Atterrir dans le sud de la France, remonter en vélo en Bretagne ». Un voyage de quasiment

deux ans et demi qu’il a financé tout seul. « C’est l’équipement qui coûte le plus cher, sur place ce n’est pas si cher, parce que j’accepte aussi de ne pas être dans le confort. Les ¾ du temps je dors sous une tente, les frais sont principalement concentrés dans la nourriture et les visites de parcs nationaux ou de musées. En Bolivie, le repas coûte 2 €. Tu manges dans la rue ou dans des petits villages avec les locaux ».


Une dose de routine

Et la famille dans tout ça ? « Bien sûr elle me manque. Au début, c’était très dur quand j’étais tout seul, maintenant je croise plus de gens. Il m’arrive de me mettre à pleurer tout seul sur mon vélo. Heureusement, on s’appelle régulièrement grâce à internet, ça me fait du bien. Des fois je les laisse juste parler, ils me racontent la routine de la maison. Je suis tellement déconnecté de tout ça que ça me fait du bien de prendre une dose de routine. Mais c’est le voyage d’une vie, j’avais un créneau et je l’ai saisi. Finalement, je ne suis pas si seul que ça, je rencontre souvent du monde. Le soir, je suis tellement fatigué que j’ai juste le temps de tenir mon journal de bord et de regarder la route du lendemain avant de m’endormir... »


Après

« Je fais beaucoup de photos et de vidéos, il y aura un film pour les festivals spécialisés dans les aventures. Pourquoi pas un livre aussi. Mais surtout, j’espère avoir une famille et enseigner à mes enfants tout ce que ce voyage m’aura appris, cette expérience va nourrir ma

future vie ».


Pour suivre les aventures de Pierre

facebook/instagram : la Bliv America


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