top of page
  • Katell Magazine

L’INVITÉE : Kim Martin



Double MIXTE

Kim est née à Hô-Chi-Minh-Ville, au Vietnam, il y a 38 ans. Après une première vie professionnelle dans le textile avec son mari et trois enfants, la famille s’installe en Bretagne. Dix ans plus tard, elle est cheffe, a géré trois restaurants et est devenue une quatrième fois maman. Itinéraire d’une femme entre deux mondes, chaleureuse, discrète et déterminée. Rencontre.


Je la retrouve dans un petit salon de l’ex-restaurant Le Zen, cheminée allumée, tout près d’une table joliment dressée. Dans un large sourire elle me glisse : « c’est une surprise pour l’anniversaire de mon mari ». Avec lui, Kim a dirigé plusieurs res- taurants. Ils viennent juste de décider de ralentir le rythme. « Thierry a 67 ans et cela fait dix ans que nous travaillons dix-huit heures par jour. Aujourd’hui, je reste la cheffe de la table d’hôtes du Zen pour quatorze personnes maximum, le midi. Je continue le métier que j’adore en profitant un peu plus de ma famille ». La Table de Kim et Thierry est à l’image de cette famille franco-vietnamienne : mixte. « Les produits sont bretons, les saveurs d’Asie ». Amour, plaisir et passion sont ses moteurs, ceux qui l’ont aidée à trouver sa place. Ici. « J’aime les gens, j’adore leur faire à manger, les faire voyager. Les clients aiment rencontrer la cheffe, leurs retours sont sympathiques. Cela n’existe pas au Vietnam ».

Officier en cuisine Cheffe est le métier qui s’est imposé à elle quand le couple a décidé de rentrer du Vietnam en 2012. Pourtant, les six premiers mois ont été difficiles. « Je suis arrivée dans un pays que je ne connaissais pas, dont je ne maîtrisais pas la langue, avec mon mari on se parlait en anglais, ma famille était loin, il faisait froid et c’était triste. Je pleurais tous les jours. Puis, je me suis don- né trois mois pour apprendre le français, j’ai rencontré des gens et j’ai pu envisager de travailler à nouveau ». Bien qu’elle ait dirigé, avec son mari, des boutiques de vêtements pour enfant au Vietnam, Kim avait envie de revenir à son métier d’origine : l’esthétique. Mais un projet « à deux » et un nouveau défi vont en décider autrement : « mon mari me parle d’un projet de restaurant, il avait visité un lieu, et me propose d’officier en cuisine ». Son soutien et sa connaissance du monde de la restauration vont faire tomber toutes ses barrières. « J’ai appris avec lui, en rassemblant les souvenirs de la cuisine de ma mère, en m’aidant d’internet. Il a le talent des goûts et des saveurs. Quand je crée un plat, il est le premier à goûter. J’aime réinventer les choses et il me laisse toute la place ». Elle a acquis sa légitimité. « Je suis une Cheffe mais une gentille cheffe ! », rit-elle.

« Je suis persuadée que la vie nous rend ce que l’on donne »


Gagner le bonheur La cheffe orchestre de concert ses journées professionnelles denses et ses quatre enfants. « Je ne sais pas comment je suis capable de faire tout ça mais je le fais. C’était différent au Vietnam où ma mère s’occupait des enfants ». Elle replace dans le contexte : « même si cela a changé, au Vietnam, les femmes de ma génération restaient à la maison. Quand j’ai rencontré mon mari, j’avais vingt ans et lui 50, ma famille n’était pas favorable à notre mariage. Alors on a fait un bébé ! Ici je suis une femme plus libre, même si j’ai le respect des traditions, j’ai une grande liberté. Les femmes d’ici ne réalisent pas la chance qu’elles ont. La vie ici est plus cool». Attachée aux valeurs de sa culture, notamment au respect des gens, Kim entend être un exemple pour ses enfants : « Je veux leur montrer que je suis une femme forte, qu’il faut gagner le bonheur ».

« Ma famille est ici » Quand elle a expliqué leur nouveau projet à sa famille au Vietnam, sa mère s’est étonnée de son choix de travailler en cuisine. « Puis elle est venue ici et, quand elle m’a vue en cuisine, elle était émue aux larmes ». Kim fait la fierté de sa famille. « Mon frère m’a même dit qu’il aimerait une femme comme moi !», s’amuse-t-elle. Malgré la distance géographique, la jeune femme garde un lien fort avec son pays et les siens. « Aujourd’hui il y a internet, on s’appelle souvent. Le matin, je regarde le journal de là-bas, je m’informe de la météo. Avec Facebook, je reste facilement en contact avec eux et mes amis ». Pourtant elle n’envisage pas d’y retourner définitivement. « En retraite, pourquoi pas vivre six mois ici et six mois là-bas. Mais ma famille est ici. J’aime Saint-Brieuc, une ville à taille humaine, proche de la mer. En venant vivre ici j’ai choisi la vie, pour préserver la santé de mon mari. J’ai choisi notre vie ».


La Table de Kim et Thierry 02 96 94 04 76 / 06 51 47 62 65

2 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout
bottom of page