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  • Photo du rédacteurKatell Magazine

LA PETITE HISTOIRE... avec Laëtitia



Créer l'illusion


Depuis plus de 100 ans, un art populaire influence la mode : le cinéma. Un nouveau métier apparaît : costume designer. Inconnus du grand public, ces créatrices et créateurs ont pourtant marqué la mode du XXe siècle au même titre que des Chanel, Dior, Gaultier...


Dès l'apparition du cinématographe en 1896, Alice Guy pressent que le public veut plus que du réel. Elle est la première à mettre en scène des histoires pour le grand écran. Un département costumes devient alors indispensable au sein du studio Gaumont pour lequel elle travaille.


Après la Première Guerre mondiale, la France perd son hégémonie sur le cinéma au profit d'Hollywood. Là-bas, tout est disproportionné. Le cinéma se métamorphose en industrie.

Les départements costumes des studios deviennent de vraies fourmilières. Plusieurs costume designers sont à l'œuvre, chacun avec un style propre, même s'ils doivent se plier aux exigences de chaque scénario.


Les patrons des grands studios comprennent vite que, pour marquer les esprits, un film doit présenter une garde-robe hors du commun. Ils vont donc directement démarcher des couturiers à Paris. C'est le cas de Louis B. Mayer qui, en 1924 lors d'un voyage en Europe, persuade le créateur/illustrateur Erté de venir à Hollywood travailler pour lui. Même Coco Chanel cède aux sirènes d'Hollywood à la fin des années 20 !


Mais, c'est à partir des années 30 que la flamboyance des costumes des films américains va émerveiller le monde entier. De nombreux créateurs vont marquer de leur empreinte l'imaginaire collectif. Adrian va magnifier sur grand écran le style androgyne de Greta Garbo pour influencer toute une génération et bien plus encore. Jean-Louis Berthault crée la célèbre robe fourreau noire portée par Rita Hayworth dans le mythique « Gilda » (1946). Par la suite, sa gloire se fera en dehors des écrans avec des robes donnant l'illusion d'être nue, pour Marlène Dietrich et Marilyn Monroe pour son fameux « Happy birthday mister President ». William Travilla travaille avec cette dernière sur de nombreux films. Il crée la robe rose fuchsia des « Hommes préfèrent les blondes », ainsi que la plus célèbre d'entre toutes : la robe blanche de « Sept ans de réflexion » (1955) qui s'envole au-dessus d'une bouche de métro.


Une anecdote sur sa création montre un aspect peu connu du travail de ces créateurs de l'ombre. Pour que la robe paraisse blanche à l'écran, elle devait être crème en réalité. Pourquoi ? Tout simplement parce que les lentilles des caméras du Technicolor transforment la couleur réelle des vêtements. Ces créateurs devaient donc montrer beaucoup d'intelligence et de débrouillardise pour que l'illusion sur l'écran soit totale. Je ne pourrais pas être complète sans mentionner Édith Head. Elle est la seule à avoir gagné huit Oscars et avoir été nommée 35 fois (là encore, un record) en tant que costume designer. Elle a travaillé sur de nombreux films devenus des références pour tous les cinéphiles : « Sunset Boulevard », « Une place au soleil », « La main au collet » ou encore « L'arnaque » pour ne citer qu'eux. Elle avait pour leitmotiv de se mettre au service des acteurs et actrices pour créer leur personnage sur grand écran.


À la fin des années 60, avec la disparition des grands studios, les départements costumes se vident de leurs trésors et de leurs talentueux créateurs. Pourtant, les nouveaux costume designers créent des tenues tout aussi iconiques que leurs prédécesseurs. Par exemple, la robe tailleur blanc crème de Sharon Stone dans « Basic Instinct » (1992) par Ellen Mirojnick, les looks de Keanu Reeves et Carrie Anne Moss dans « Matrix » (1999) par Kym Barrett ou encore ceux des « Pirates des Caraïbes » (2007) par Penny Rose.


Contrairement à la haute couture, les costume designers ont su entrer dans l'intimité des gens en leur proposant du rêve en même temps que de l'accessibilité. En recréant les tenues, les styles qu'ils ont inventés pour le grand écran, nous pouvons nous prendre pour les héros et héroïnes de notre propre histoire. À leur tour, ils méritent d'être dans la lumière.


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La Collectionographe

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