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« Moins de peut-être et plus de premières fois »



Lénaïg Jestin a 34 ans quand elle apprend qu’elle souffre d’un cancer du sein. Elle est porteuse du gène BRCA1 dont l’hérédité est familiale. Trois opérations, quatre mois et demi de chimio, elle raconte ce chemin à travers un livre : La P etite Boule. Un recueil de phrases illustrées, sans fard, percutant, tendre et drôle.


La Petite Boule, « c’est un gimmick graphique. Rouge comme le sang, comme alerte rouge mais aussi comme le nez du clown. C’est symboliquement riche ». C’est un peu la thérapie que Lenaïg n’a pas pu avoir. « La Petite Boule » est un concentré de ce qu’on appelle des phrases malheureuses. Celles qui sont prononcées machinalement, maladroitement et qui ont une rude résonance chez celle ou celui qui la reçoit. « Vous avez l’air angoissée par ce cancer, respirez 3 fois par le nez et ça ira mieux ». Voilà le chirurgien épinglé. Et, il y a le trop plein d’amour de ceux qui, en face, aimeraient prendre part au combat mais sont désarmés : « Personne ne peut surmonter ça toute seule, sers-toi de nous !».


le dessin, une thérapie. Il a fallu trois ans pour que sorte cette quarantaine de phrases. « J’avais besoin de retrouver la forme, de savoir calmer mes peurs à chaque fois que je faisais un check-up ». Pourtant elle avait besoin de vider son sac. « Une aide psychologique que j’aurais aimé avoir à l’annonce de mon cancer car j’étais effondrée et que je n’ai pas eue». Pourtant il faut expliquer à ses filles – petites - à quoi ressemble ce cancer. Spontanément elle répond « une petite boule ». En 2018, sur une suggestion de son cercle amical, la graphiste se met à dessiner son « trop plein ». Elle créée un compte Instagram. « Je restais anonyme, c’était plus facile pour dire les choses sans fard, ce que j’avais sur le coeur. Ces phrases que j’avais entendues, elles étaient restées gravées ». A chaque post de La Petite Boule, la communauté grandit. « Je me rends compte que mon expérience fait écho chez d’autres, ça fait du bien. Un jour quelqu’un me demande s’il y a un livre et l’idée germe ». L’été 2019, elle envisage la réalisation d’un livre.


Deuxième édition. 2000 exemplaires. «Pour me faire plaisir. J’ai la capacité à le réaliser seule, avec un financement participatif. Les premiers 250 exemplaires sont partis très vite, j’ai réinvesti l’argent gagné pour lancer une seconde impression début 2020, trouvé de nouveaux points de vente. 10% des ventes sont reversés à la Ligue contre le Cancer des Côtes d’Armor. Une évidence pour moi car ils ont été d’un grand soutien quand j’en avais besoin. Pourtant, j’ai longtemps hésité avant d’y aller !». L’opus aux couleurs primaires fait désormais des émules hors du département : « J’ai été contactée par la fondation Cognacq-Jay pour animer un atelier autour de La Petite Boule pour Octobre Rose cette année et par un professeur de l’Institut Curie pour u n autre projet ».

avant-après. Cette épreuve a modelé le quotidien de la jeune quarantenaire. « J’ai de la chance de m’en sortir. Mais, le BRCA1 est un cancer que l’on traîne comme un boulet, comme par exemple ne pas pouvoir souscrire un emprunt à la banque. Aujourd’hui, j’ai revu mes priorités. Je pense plus à moi. J’ai appris à dire non. Trois lettres au pouvoir magique : même si on les prononce, le monde ne s’écroule pas. Et je n’attends plus. Il y a moins de peut-être et plus de premières fois dans ma vie ».


(Re)Trouver La Petite Boule

www.lapetiteboule.com / Facebook et Instagram

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