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  • Photo du rédacteurKatell Magazine

« On a dû faire nos preuves »




Benoît Legoedec, 59 ans, est sage-femme à Plœuc-sur-lié. Il a intégré la toute première promotion ouverte aux hommes, un métier choisi pour « la médecine et l’humanisme ». Fervent défenseur des droits des femmes, son métier a

« épanoui » sa masculinité. Échange.


Résolument féministe.  Le « vieil homme sage-femme » constate que, malgré les évolutions, il n’y a pas de changement de paradigme. « J’ai vu l’arrivée des techniques qui permettent aux femmes d’accoucher sans douleur, l’évolution de la contraception et de l’IVG. En parallèle, j’ai assisté à l’évolution des violences faites aux femmes et à l’égalité dans les tâches domestiques. Si l’égalité est plus grande chez les jeunes couples, il n’empêche que, lorsqu’ils deviennent parents, les vieux schémas se remettent en place. La femme assume enfants et carrière ». Et il reconnaît : « Si les sage-femmes racontaient tous les secrets des femmes, elles seraient encore plus vulnérables ». De la récente inscription de l’IVG dans la Constitution, il salue un pas en faveur des femmes, espérant « que d’autres pays emboîtent le pas de la France ». Toujours à leurs côtés, Benoît est l’un des acteurs de l’événement « Mères alors ! » qui a eu lieu début mars dans plusieurs villes du département. Des soirées avec un « cri commun » des mères, une dégustation pour aborder l’alimentation pendant le 10e mois de grossesse, un forum associatif, un débat et un spectacle.


Science et humanisme

Quand on lui posait la question de ce qu’il voulait faire quand il serait grand, Benoît répondait « papa ». Dans sa famille, l’égalité a toujours été de mise. « À la maison, on a autant appris à coudre qu’à bricoler ». Quand il passe son bac, en 1983, il intègre médecine. « Je ne pouvais pas avoir l’idée du métier de sage-femme, personne n’est venu nous en parler. Historiquement, c’est un métier de la chambre, où étaient confinées les femmes, là où les hommes – et la médecine – avaient envahi les salons ». Un an plus tard, c’est sa mère qui l’informe de l’accessibilité aux hommes de l’école de sage-femmes. « J’en discute avec un prof de la fac et il me conforte dans l’idée de passer le concours : devenir sage-femme réunissait la science et un côté humaniste ». De son admission à l’école, il se souvient de l’entretien avec la directrice : « Elle m’annonce qu’elle est contre l’entrée des garçons. Elle estime qu’ils n’ont pas suffisamment d’empathie, de patience et - évidemment ! - pas l’expérience de la maternité. Des années plus tard, j’ai su qu’elle avait suivi mon parcours, elle était revenue sur cette première idée ».


Masculinité épanouie

Quatre hommes sur vingt dans sa promotion. « Les collègues femmes étaient ravies de la mixité ». L’arrivée des hommes dans la profession qui répondait à des normes féminines du soin, de l’écoute et de l’accompagnement, a ajouté une crédibilité technique. « Ce que l’on retrouve chez les hommes obstétriciens dont la reconnaissance sociale passe par cette maîtrise technique ». Les hommes de cette profession redoublaient d’efforts : « On faisait attention à faire très bien. Nous devions faire nos preuves auprès des soignants mais aussi auprès des parents ». Pourtant, il reconnaît qu’il a souvent été plus valorisé que ses collègues femmes. « Quand je faisais bien mon job, j’étais remarquable et remarqué, j’ai eu plein de cadeaux. Plus que mes collègues femmes. On prouvait que malgré le sexe ou le genre, un homme pouvait entrer dans cette longue histoire des sage-femmes ». Et il a su faire sa place auprès des femmes. « Il y a celles qui pensent que, du fait d’être un homme, il n’y aura pas de jugement parce que l’on ne sait pas ce que c’est. Et, d’un autre côté, il y a des femmes qui refusaient d’être suivies par un homme, simplement parce que leur conjoint ne le voulait pas, il avait l’impression de ne pas trouver sa place ». C’était sans compter sur la capacité d’écoute de Benoît. « J’ai toujours été un confident. Si, auparavant, les hommes avaient du mal à s’ouvrir, aujoud’hui, ils sont contents d’avoir un allié dans la place qui les autorise à exprimer leurs émotions. Les hommes sage-femmes font, rapidement, un travail sur eux. Je dirais même que ce métier a épanoui ma masculinité ».


Groupes de parole

Avant d’arriver à Plœuc-sur-Lié, il y a trois ans, Benoît a multiplié les expériences professionnelles. Son métier, essentiellement basé sur la contraception, le suivi de grossesse, les naissances, s’est ouvert à la gynécologie il y a quinze ans. « En milieu rural, 80 % de mon activité est du suivi gynéco ». Son parcours est riche d’activité libérale et en milieu hospitalier, responsable de maternité, enseignant à l’école de sage-femmes et à l’université, coordinateur d’un réseau de santé... Benoît s’est aussi formé à la médecine chinoise, en éthique et médecine des droits de l’homme, en coaching et développement personnel, en EMDR (traitement par les mouvements oculaires) mais aussi en philosophie. « Je me suis beaucoup interrogé sur qui est la sage-femme ». Le costarmoricain est engagé dans plusieurs activités en plus de son cabinet libéral : des groupes de parole périnatale et parole de pères, de psycho-éducation pour la gestion des émotions et anime aussi des soirées consacrées à la parentalité avec l’agglomération de Saint-Brieuc. Par ailleurs, il a mis au point un test de repérage et de dépistage de l’épisode dépressif post-natal. En guise de conclusion, Benoît « remercie la vie d’avoir cette profession, d’accéder au cœur de l’humanité, d’avoir approché la mise au monde et d’accompagner le chemin des personnes pendant la grossesse, de mettre les femmes dans le respect ». Et il ajoute, avec une pointe d’humour : « Ma patiente doyenne a 100 ans. Je suis la sage-femme de l’Ehpad : qui aurait pu imaginer ça ?! ».



Marie-Laure RC

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