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Pantalonnade


Une femme en pantalon : immoral, scandaleux ?

Bien sûr que non ! Et pourtant...

par : Laetitia Henry


Dans notre culture, tout commence par une interdiction biblique : « Une femme ne prendra point un habit d’homme ».Le pantalon apparaît du côté des peuples septentrionaux (les Germains) et cavaliers (les Perses). Il devient exclusivement masculin au XIVème siècle et prendra sa forme actuelle dans les années 1800. Les jambes féminines, elles, sont niées et restent cachées pour des siècles. La Révolution de 1789 bouleverse l’ordre établit. Le vêtement n’échappe pas au changement. Désormais, chaque citoyen et citoyenne peut se vêtir sans contraintes des habits souhaités. Cette nouvelle liberté donne aux femmes l’envie de porter l’habit masculin. Mais cela n’est pas du goût de tous. En 1800, le préfet de Paris ordonne que « toute femme, désirant s’habiller en homme, doit se présenter à la Préfecture de police pour en obtenir l’autorisation ; laquelle ne sera donnée que sur le certificat d’un officier de santé ».


Indécence. Si les femmes se voient taxées d’indécence en portant un pantalon c’est aussi parce qu’à l’époque ce vêtement est également une pièce de lingerie portée par les fillettes puis par des sportives. Très vite, ces dernières font passer le pantalon du dessous au dessus. Le plus bel exemple est la bicyclette. Ce nouveau moyen de locomotion enthousiasme les femmes qui y voient un symbole de liberté. Pour bien pédaler, il faut un vêtement adapté. Le pantalon, encore nommé culotte pour les femmes, devient l’habit idéal de la cycliste.



Pyjamas de plage. Au début du XXème siècle, le couturier Paul Poiret s’inspire de l’Orient avec les pantalons dits de « harem » pour introduire dans ses collections l’idée d’un pantalon féminin. Scandale ! Mais ses créations font fureur. Gabrielle Chanel s’inspire aussi de la culture orientale avec les fameux pyjamas de plage aux formes larges et aux matières souples.

Les stars hollywoodiennes continuent sur cette lancée. Greta Garbo et Marlène Dietrich lancent la mode de la silhouette androgyne. Elles s’approprient le costume masculin et osent même le porter en public défiant ouvertement l’interdiction à une femme de porter un pantalon dans les rues.



Le jean. La guerre amorce un changement majeur. Pour des questions pratiques et par nécessité, les femmes revêtent les pantalons laissés par les hommes partis au front. Le pantalon ne sortira plus jamais de la garde-robe féminine. Il finira par s’imposer dans l’espace public au cours des années 60 avec l’émergence d’une mode unisexe et une envie de liberté de mouvements. Le jean enfonce le clou. Aujourd’hui, les femmes ont plus de pantalons dans leurs placards que de jupes ou de robes. Le pantalon est devenu un incontournable de la garde-robe féminine au point qu’il serait impensable de ne pas en porter.

Ironiquement, la loi de 1800 n’a jamais été supprimée malgré les demandes répétées. En janvier 2013, le ministère des Droits de la femme explique qu’elle est implicitement abrogée de par son incompatibilité « avec les principes d’égalité entre les hommes et les femmes qui sont inscrits dans la Constitution ». Nous avons donc le droit « implicitement » de porter des pantalons en public.


L’histoire continue sur Instagram / La Collectionographe. www.lacollectionographe.wordpress.com

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